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Vive les littéraires !

En 1988, année de mon bac, notre prof de maths de terminal C nous avait promis, à mon copain Jérôme et à moi même, un avenir professionnel très sombre. Les termes étaient durs : non seulement nous allions échouer dans nos études supérieures mais en plus, nous ne ferions jamais carrière. Le diagnostic établi par cette enseignante très réputée et reconnue était sans appel.

La raison de ce pronostic très pessimiste : une appétence pour les mathématiques très fiable et des notes à la hauteur de l'intérêt que nous portions tous les deux à la matière.

Au final, mon copain de l'époque est aujourd'hui procureur de la république et j'ai moi même fait un petit bout de chemin sympathique dans un grand groupe français, après une Miage et un DESS gestion de projets obtenus haut la main (entrecoupé d'un passage au service militaire dont j'en ai tiré un livre que je vous recommande pour un petit moment de détente : cliquer ici ).

Mon premier job : auditeur informatique dans un grand groupe. Et d'emblée, la clé d'entrée s'est avérée être ma facilité à écrire. Mon passage à l'audit - une grande école de la rigueur - m'a permis d'améliorer le "style" professionnel écrit, bien loin d'un quelconque style littéraire. On y cherche non pas les effets de style mais la concision et la clarté du discours.

Mon patron d'alors m'avait inculqué des préceptes qui allaient me servir tout au long de ma carrière.

- on n'écrit pas parce qu'il faut produire un doc, mais parce qu'on a une info (intelligente et intelligible) à faire passer

- On doit écrit "beau" pour être lu,

- On doit écrire "clair" pour être compris.

- "Sujet, verbe, complément" sont les trois piliers d'un écrit efficace me répétait-il à longueur de journée.

Une fois sorti du cocon de l'audit où la rigueur est de rigueur, j'ai découvert la "vraie vie" du monde opérationnel en 1998. Et ce qui m'a immédiatement surpris, c'était que des équipes puissent travailler sur un projet en prenant pour référence des docs absolument abscons. Je n'y comprenais rien, ni sur le fond, ni sur la forme. Par exemple, les titres et sous titres sur plus de 3 niveaux (1.1.1.3.4 description) me donnaient le vertige. Mais c'était "qualité" me disait-on donc tout allait bien.

Le problème dans les projets informatiques c'est qu'un truc pas clair (même une petite faute du genre utiliser le singulier plutôt que le pluriel dans une phrase) ça peut avoir des conséquences désastreuses sur le fonctionnel et coûter horriblement cher en correction. Si tous ceux qui écrivent ces spécifications se mettaient un jour dans la peau d'un développeur face à leurs propres docs, ils réaliseraient à quel point est faible la probabilité de produire une application qui réponde au besoin.

Pour cette raison, mes premières actions étaient de me faire mes propres documents de spécification, bien loin des normes établies. Je me suis fait tirer les oreilles plus d'une fois, mais entre réussir le projet ou respecter les normes, j'avais fait mon choix.

Depuis, je suis convaincu que de savoir écrire correctement est un atout pour une carrière. En tout cas pour mon cas personnel cela m'a bien servi :

- savoir écrire permet d'être clair et d'être compris : c'est capital dans le cas des spécifications informatiques comme dans tout type de projet. Vous êtes alors mieux armé pour combattre les deux ennemis des projets : l'ambiguïté et imprécision.

- savoir écrire permet d'être force de proposition : vous pouvez être brillant, immensément intelligent, avoir une idée de génie, mais si vous ne savez pas l'expliquer et la présenter, la chance d'avoir la possibilité de la développer est très mince.

- savoir écrire permet de convaincre. Votre capacité à écrire vous permettra d'exprimer les bons arguments qui remporteront l'adhésion.

- enfin, savoir écrire permet de faire connaître son expertise. Comme je le dis souvent, c'est bien de savoir faire, mais c'est capital de le faire savoir : en publiant des articles, en faisant des retours sur des projets, ... Ce n'est pas "se faire mousser", mais simplement se positionner par ses publications dans l'entreprise comme un collaborateur qui propose. Dans ce cadre les Réseaux sociaux d'entreprise sont des vecteurs puissants pour se démarquer et démontrer son activisme et son expertise ; les deux devant aller ensemble (;->).


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